Entre massacre et exils : le drame des réfugiés congololais
Afflux de réfugiés congolais au Burundi et en Tanzanie.
Selon certaines sources, dont Human Rights Watch, le 10 décembre 2025, l'armée M23/AFC/FAR (Mouvement du 23 mars, Alliance du fleuve Congo et Forces armées rwandaises) est entrée dans la ville d'Uvira. Cela s'est produit malgré les accords de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda, signés le 4 décembre 2025. Uvira, située à la frontière avec le Burundi voisin, a vu des milliers de réfugiés traverser la frontière à la suite du violent conflit.
Selon les données de journalistes indépendants et d’agences humanitaires telles que le UNHCR, plus de 90 000 nouveaux arrivants ont été signalés au Burundi et entre 85 000 et 90 000 en Tanzanie depuis la signature de l’accord en décembre 2025. Les camps de réfugiés sont saturés et ne disposent pas de ressources suffisantes pour accueillir un nombre aussi élevé de personnes ayant besoin d’aide humanitaire. Les Congolais qui fuient les balles des assaillants sont les premières victimes, contraints de vivre dans la misère, leur gouvernement ne parvenant pas à les défendre de manière adéquate. Transférés d’un camp à l’autre, leur seul objectif est de survivre et de sauver leurs proches.
Les milices armée du M23/AFC
Le M23, soutenu et entraîné par le gouvernement de Paul Kagame (Rwanda), est un groupe armé fondé en 2012. Ce groupe armé est connu pour semer la terreur dans l'est de la RDC. Il y a deux ans, le groupe a créé une alliance politico-militaire, l'AFC (Alliance Fleuve Congo), avec certaines élites congolaises dans le but de renverser le régime de Félix Tshisekedi, l'actuel président de la RDC. À la tête de la partie congolaise de l'AFC se trouve Corneille Nangaa, ancien président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante). L’AFC/M23 est, depuis sa création, responsable de la mort de plusieurs milliers de Congolais, de recrutements forcés, de l’annexion de plusieurs zones riches en ressources naturelles dans l’Est de la RDC, ainsi que de plusieurs autres accusations observées et condamnées par des ONG locales, nationales et internationales, en plus de l’ONU.
De leur côté, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) sont incapables d'assurer l'intégrité territoriale de la RDC. Kinshasa a donc décidé de s'allier aux Wazalendo. Ce groupe de milices d'autodéfense citoyennes autodidactes et hétéroclites se qualifie lui-même de « patriotes » (=Wazalendo). Toutefois, la résistance qu’offre le front congolais FARDC/Wazalendo ne parvient pas à stopper l’avancée organisée et méthodique de la coalition AFC/M23/FAR. De plus, sur le terrain, l’on peut dénombrer de très nombreux cas d’exactions contre les civils, où l’indiscipline de membres des forces congolaises et les crimes de terreur organisés par les alliés du régime du Rwanda font revivre aux civils leurs pires horreurs.
Le régime de Kigali continue également d'accuser l'État congolais d'abriter sur son sol des factions des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Le danger que pourraient représenter ces milices, hostiles au FPR (Front patriotique rwandais) – le parti au pouvoir au Rwanda – sert de prétexte pour envahir la RDC.
Le gouvernement congolais face à l’échec de l’accord de paix
Selon les analyses de Patrick Mbeko, analyste des questions géopolitique, le gouvernement de F. Tshisekedi (RDC) aurait voulu faire un échange similaire à celle constatée dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Pour se protéger de la puissante armée du gouvernement russe, le président ukrainien V. Zelensky aurait conclu un accord de sécurité avec les États-Unis en échange de leurs ressources naturelles. Par ce même biais, le président congolais aurait espéré avoir le même ‘privilège’ que l’État ukrainien. Par leur grande surprise, le président des États-Unis organisa plutôt un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, en maintenant leur emprise sur les minerais stratégiques pour leurs propres intérêts économiques. Plusieurs critiques et journalistes jugent ce deal comme étant “un deal minier déguisé en accord de paix”.
F. Tshisekedi n'a pas tardé à condamner publiquement les attaques menées par le M23 dans le Sud-Kivu. Ève Bazaiba, ministre des Affaires humanitaires, a été envoyée en mission humanitaire début février afin d'apporter de l'aide humanitaire aux réfugiés congolais qui ont fui leurs foyers pour se réfugier dans des camps situés dans les pays voisins. L'accord de paix n'a manifestement pas mis fin aux hostilités dans la région. Malgré les faits, le gouvernement congolais n'a pas perdu ‘espoir’ et continue d'appeler à l'intervention des États-Unis pour maintenir l'ordre dans la région des Grands Lacs.
Il semblerait que par des pressions exercées par Washington le M23/ FAR se serait retiré de la ville d’Uvira en janvier 2026. De plus, les hommes d'Erik Prince (des mercenaires américains) ont contribué à sécuriser la zone stratégique de Rubaya (riche en coltan) et ont assassiné le porte-parole du M23. Cela pourrait néanmoins démontrer que l'influence des États-Unis sur le Rwanda reste importante.
Quelle est la réaction de Washington?
Selon plusieurs interviews réalisées dans le cadre de l'émission Hariana Show, une émission de télévision américaine animée par la journaliste Hariana Verás Victória, les législateurs états-uniens interviewés ne nous ont pas fourni davantage d'informations que celles dont nous disposions déjà. Ils ont condamné le non-respect de l'accord par les autorités rwandaises et ont admis leur propre inaction en matière de ressources humanitaires. Il n'a été mentionné aucune sanction qui serait mise en place contre le soutien primaire du M23 , le gouvernement rwandais. Cependant, des discussions sont en cours sur les stratégies à adopter pour extraire les ressources stratégiques de la région en quantités optimales. La ministre des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba, a expliqué dans intervention lors de la conférence de Munich que le peuple congolais « bénéficierait » de cet accord en occupant une place plus importante dans la chaîne de valeur que représente le marché minier en RDC. Cette stratégie ouvrira la porte à plusieurs acteurs occidentaux qui souhaiteraient obtenir leur part du marché selon les termes et conditions de l'administration Trump. Cela représente plutôt un danger évident pour la souveraineté économique de la RDC.
Sous la présidence de D.Trump, les États-Unis semblent renouer avec une politique étrangère impérialiste très agressive. L'accès aux ressources de la RDC grâce à la signature de cet accord, obtenu grâce à la déstabilisation historique de la RDC par le Rwanda, s'inscrit dans le programme impérialiste de Washington. Il ne faut pas oublier que le FPR a largement bénéficié de la formation, des armes et du soutien logistique des États-Unis pendant plusieurs décennies. Ainsi, la stratégie du pompier pyromane semble porter ses fruits à long terme.
Conclusion
Il y a un an, Goma tombait officiellement aux mains du M23. Depuis leur réapparition en 2021, les conditions de vie des Congolais dans l'est du pays n'ont cessé de se détériorer. Même avec l'aide humanitaire, qui provient souvent des agences des Nations unies et des ONG nationales et internationales, les habitants de la région ne sont pas en sécurité et ont besoin d'être protégés par leur gouvernement. On estime qu'au moins 7 000 soldats rwandais font partie des rangs du M23, sous prétexte de « légitime défense ». La situation humanitaire est extrêmement urgente, mais les priorités ne sont pas celles qu'elles devraient être. Selon les termes du Dr Denis Mukwege : « Un accord de paix nécessiterait tout d'abord le respect de la résolution 2773 [...] un cessez-le-feu et le retrait inconditionnel des forces armées rwandaises [...] », a-t-il déclaré dans une interview accordée à la RTBF lors des négociations bilatérales entre les États-Unis et la RDC. L'accord bilatéral fait l'objet de nombreuses critiques, qui mettent en évidence des lacunes importantes qui violent des éléments clés de l'accord de paix. Quelques avocats et militants panafricains congolais (notamment Les gardiens de la souveraineté congolaise) à Kinshasa tentent d'alerter le gouvernement sur ces questions, mais leurs voix ne sont pas entendues et ils sont systématiquement persécutés dans le but de les intimider. Le peuple congolais n'a clairement pas son mot à dire dans cette affaire et se sent impuissant face à ce type de répression médiatique et juridique. L'accord bilatéral fait l'objet de nombreuses critiques, qui mettent en évidence des lacunes importantes qui violent des éléments clés de l'accord de paix. Quelques avocats et militants panafricains congolais (notamment Les gardiens de la souveraineté congolaise) à Kinshasa tentent d'alerter le gouvernement sur ces questions, mais leurs voix ne sont pas entendues et ils sont systématiquement persécutés dans le but de les intimider. Le peuple congolais n'a clairement pas son mot à dire dans cette affaire et se sent impuissant face à ce type de répression médiatique et juridique.
Soyons leur voix et dénonçons la façade que Trump présente comme un accord de paix. Cet accord n'est rien d'autre qu'une escroquerie à grande échelle, du genre dont l'impérialisme est si habile